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Cérémonie d’hommage au Préfet Claude Érignac - 6 février 2018

 

Retrouvez le discours prononcé par le Préfet Jacques Billant à lors de la cérémonie d’hommage au Préfet Claude Érignac.

 

Le soir du 6 février 1998, il y a 20 ans jour pour jour, Claude ERIGNAC, préfet de Corse, était assassiné sur le trottoir d’une avenue d’Ajaccio. La France et les Français ont été profondément marqués par ce crime. Cet acte lâche et odieux a marqué à tout jamais l’esprit des défenseurs de la République que nous sommes. Il est donc de notre devoir de continuer à honorer la mémoire du préfet Claude ERIGNAC et aussi de réaffirmer solennellement, en cette cérémonie d’hommage, que l’action violente, sous quelque motif que ce soit condamne ceux qui s’y engagent.

Nous sommes réunis aujourd’hui dans une même volonté de mémoire, d’humanité et de justice pour honorer le souvenir d’un homme et le souvenir d’une grande figure de l’État. Homme droit, tolérant, déterminé et humaniste, Claude ERIGNAC a réalisé un parcours exemplaire et recueilli le respect et l’estime partout où l’intérêt général l’a appelé. Il s’est inscrit dans la tradition du dévouement aux autres, tout en s’appliquant à lui-même une morale et une discipline rigoureuses. De l’Yonne à la Loire, du Gers aux Yvelines, puis en Corse, Claude ERIGNAC nourrissait partout en France, à chacune de ses affectations, une conception exigeante du service public, fondée sur l’intégrité et la rigueur, mais aussi sur l’ouverture d’esprit, le dialogue et la simplicité.

Il était un homme détenteur de l’autorité de l’État, capable de décider et d’agir. Son action était guidée par les symboles de l’uniforme que je porte aujourd’hui devant vous : l’autorité du chêne et le souci de la paix publique symbolisée par l’olivier.

Je n’oublie pas que c’était aussi un époux et un père de 2 enfants qui fut frappé par la mort, laissant une famille meurtrie à jamais par la douleur de perdre un être cher. Et je repense à ces mots de Stefan SWEIG qui écrivait « tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine ou un idéal. C’est tuer un homme ».

Si nous sommes réunis aujourd’hui dans le souvenir de Claude ERIGNAC, c’est pour réaffirmer notre attachement à la République, à ses valeurs et à ses principes. En assassinant le préfet ERIGNAC, on a tué un homme, parce qu’il représentait l’État, Claude ERIGNAC a été assassiné parce qu’il avait accepté la lourde charge qui est celle d’incarner l’État dans tout son être. Ce jour-là, c’est donc la République, notre bien commun, qui a été attaquée, ce jour-là, le préfet Claude ERIGNAC succombait à l’idéologie de quelques-uns qui voulurent lancer un défi à l’État qu’il incarnait.

S’en prendre à un représentant de l’État, attenter à la vie d’un préfet, c’est toucher la République en son cœur. C’est s’en prendre à l’idée même que nous nous faisons de la Nation, en visant celui qui incarne son unité.

Car l’engagement du préfet Claude ERIGNAC en Corse, c’était bien de faire vivre les lois de la République et d’incarner l’État.

C’était de porter la parole du Gouvernement avec fermeté et détermination.

C’était de s’engager sans relâche pour le développement de cette île et le bien-être de sa population.

Mesdames, Messieurs, 20 années se sont écoulées depuis, mais il y a sans aucun doute un « avant » et un « après ». La justice est passée, le traumatisme a laissé place au souvenir, l’Histoire s’est écrite. Pour autant, ce tragique événement continue de marquer notre action à tous et nous nous devons de ne pas l’oublier. Tel est le sens de votre présence aujourd’hui en préfecture.

Dans une époque traversée par des fractures profondes, meurtrie par les attentats de ces dernières années, c’est par un projet de société résolument construit dans la sérénité et la justice autour des valeurs de liberté et de fraternité que nous pourrons dessiner un avenir en commun. Si nous sommes réunis aujourd’hui dans tous les départements de France, c’est pour clamer ensemble notre attachement à la République, à ses valeurs et à ses principes. C’est pour montrer notre unité, comme nous l’avons fait après les attentats dramatiques qui ont endeuillé la France ces dernières années.

Nous avons besoin de l’État pour exprimer et mettre en œuvre une volonté nationale et l’intérêt général. Nous avons besoin d’État pour exprimer et faire vivre la cohésion sociale et territoriale, car il n’y a pas de solidarité plus profonde que dans le cadre national.

Ces attaques nous rappellent toujours avec force que les valeurs qui nous animent sont aussi précieuses que fragiles. La République n’est jamais définitivement à l’abri de ceux auxquels les valeurs de citoyenneté sont profondément étrangères. Quelles que soient les motivations des assassins, aussi inacceptables soient-elles, le risque d’une atteinte à l’État, à ses institutions et à ses représentants fait désormais partie intégrante de notre temps. Mais, nous le savons, la France a traversé bien des épreuves dans son histoire contemporaine et elle a toujours su faire face à l’adversité. Elle s’est toujours relevée avec dignité et détermination. « Fluctuat nec mergitur » : si elle a été battue par les flots, la France ne sombre jamais.

Notre idéal commun, c’est de vivre sous le règne de lois librement consenties dans un État de droit garantissant la paix civile. Notre idéal commun est gravé dans des institutions républicaines garantes des valeurs que nous chérissons.

Et ces valeurs s’incarnent dans des hommes : Claude ERIGNAC était l’un d’entre eux.
Mesdames, Messieurs, je vous demande d’observer une minute de silence en hommage au préfet Claude ERIGNAC, avant de chanter ensemble notre hymne national, la Marseillaise, symbole de l’unité de notre patrie et véritable ode à la liberté.